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AVENT 2019 - Le mystère de l’Incarnation

Troisième dimanche de l’Avent : Filiation du Christ, adoption de l’homme

« Dieu envoya son fils, né d’une femme…afin que nous recevions l’adoption filiale » (Ga 4,4…5).

Ce serait la tâche que je voudrais essayer d’accomplir avec vous, de montrer comment il était en même temps vraiment Fils de Dieu et vraiment humain, petit enfant, un adolescent comme les autres - c’est cela, c’est l’humanité de Jésus, c’est là-dessus que je voudrais insister-, en sorte qu’extérieurement on pouvait passer à côté de lui sans l’avoir deviné. Quel mystère, vous voyez ! C’est pourquoi, en abordant ce mystère, comment n’être pas comme… je ne veux pas dire découragé, on ne se décourage pas en pensant à jésus, mais on dit : - Mais ce n’est pas à moi de dire ces choses-là ; et puis, si personne n’en parle, alors elles sont oubliées.

Fils de Dieu, ah ! oui. Mais le mot « fils de Dieu » peut avoir bien des sens. Nous pouvons être des enfants de Dieu par la grâce. Un petit enfant que j’ai baptisé, eh bien ! ce n’est pas seulement un enfant des hommes, c’est aussi un enfant de Dieu à cause de cette grâce qui est descendue en lui et qui est venue remplir son être. Il est enfant des hommes par ses parents et enfant de Dieu par le baptême, et c’est une véritable filiation divine. Comment va-t-on la distinguer de cette filiation dont j’ai à vous parler, à savoir le Verbe qui s’est fait chair ?

Et alors on dira : - Nous sommes des enfants de Dieu par adoption, par la grâce qui vient nous revêtir, tandis que Jésus, il est Fils de Dieu – le mot qu’emploiera l ‘évangéliste saint Jean est « monogène »[1]-, il est l’unique engendré. On traduit en français « le Fils unique » ; l’unique engendré du Père, de toute éternité. « Au commencement – avant tout commencement- était le Verbe, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). Le Verbe, c’est celui qui provient du Père. Comme la pensée provient de l’esprit, le Fils provient du Père, on appelle donc cela la génération. On pourra l’appeler « Fils » en pensant à l’acte de génération ; on l’appellera Verbe ou pensée en pensant que c’est une génération toute spirituelle. Et les théologiens, par abréviation, disent : il est le Fils de Dieu par nature. Vous comprenez ce que cela veut dire par nature ? Il a la même nature que le Père. Le Père engendre le Fils, Il l’enfante à l’intérieur de lui-même, dans le sein immense de Dieu. Engendrer, pour Dieu, ce n’est pas mettre un enfant hors de lui ; Il garde son Enfant dans son sein, qui est infini. Fils infini d’un Père infini, Fils parfait d’un Père parfait, voilà la filiation naturelle. La nature divine que possède le Père, Il la donne toute entière, sans rien réserver, au Fils ; la seule distinction réelle qu’il y a c’est que cette nature divine part de celui qui la donne, aboutit à celui qui la reçoit sans avoir été en aucune manière divisée. Alors on dira de Jésus: il est Fils de Dieu par nature. Oui, ce sont des choses – disons - insensées. C’est fou, c’est vrai que c’est une folie. Fils de Dieu par adoption c’est pour nous. Mais quand il s’agira de Jésus-Christ, Fils de Dieu cela voudra dire que cette nature humaine en Jésus s’est unie directement au Verbe. Il n’y a pas de moi humain en Jésus, c’est le moi du Fils de Dieu. Cette nature est unie à la Personne du Fils de Dieu, une union personnelle. Le mot « personne » se traduit, en grec, hypostasis ; alors on appelle cette union personnelle, le mot technique des théologiens pour savoir de quoi on parle sans chaque fois écrire des paraphrases et des périphrases - ; le nom sera union hypostatique. Jésus est uni à Dieu hypostatiquement ; l’humanité de Jésus est attachée à la divinité du Verbe.

 

Jésus est Fils de Dieu par nature, et nous sommes fils de Dieu par adoption. Mais, vous voyez, si le Fils de Dieu vient au milieu de nous dans une humanité individuelle, une humanité qui est comme la nôtre - des milliards d’individus possèdent cette nature humaine -, en Jésus, cette nature humaine est unie à la Personne du verbe. Et alors, de ce seul fait-là, l’humanité de tous les hommes a été touchée en Jésus par la Personne même du Verbe.

En sorte que tous les hommes pourront se regrouper autour de Jésus. Il y a une sorte d’ébranlement qui s’est produit dans l’humanité du fait que, en un de ses individus, elle est touchée par le Verbe éternel. Les Pères de l’Église utilisent cette image - une corde d’une harpe : vous n’en touchez qu’une, et puis toute les autres vibrent comme en harmonie. Une humanité est touchée, et puis toutes les autres, si elles acceptent de l’être, seront envahies par la grâce qui vient du Fils unique.

 

Alors, la filiation par nature de Jésus venu au milieu de nous va susciter la filiation par adoption du reste des hommes.

« Dieu envoya son Fils, né d’une femme… afin que nous recevions l’adoption filiale » (Ga 4, 4 …5). C’est la seule nature humaine individuelle du Christ, formée dans le sein de la Vierge, qui est assumée par le Verbe, qui subsiste dans la Personne ou dans la Moi du Fils unique de Dieu, qui est élevée de ce fait au plan de l’union toute singulière que les théologiens nomment « personnelle » (ou « hypostatique »). Il en résulte un merveilleux privilège. Nous sommes tirés de notre nuit et investis de sa lumière. Il en advient ici comme d’une harpe dont une seule corde est immédiatement touchée mais dont toutes les autres vibrent à l’unisson. Jésus est Fils de Dieu par nature, afin que nous puissions être fils de Dieu par grâce. Il est le Fils monogène, unique engendré du Père, venant à nous pour que nous puissions être en lui fils par adoption. Il nous parle de son Père, afin que, nous tournant vers la Trinité toute entière, nous puissions, serrés contre lui, dire « notre Père ». « Vous avez reçu, écrit Paul aux Romains (8, 15-17), un esprit de fils adoptifs qui nous a fait nous écrier : Abba ! Père ! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui ».

Les Père grecs ont insisté sur le lien qui, du seul fait de l’Incarnation, attache l’humanité toute entière au Christ, qui est la Tête, pour qu’elle forme autour de lui son corps mystique, qui est l’Église ; le corps individuel du Christ est le point où se noue son Corps mystique. Dans un passage de son écrit contre les Ariens, saint Athanase met sur les lèvres du Christ cette prière : « Père, je suis ton Verbe et Tu es en moi. Or moi, je suis en eux par le corps. Et ainsi, par Toi, se fait en moi le salut des hommes. Je te demande donc : qu’ils deviennent un, eux aussi, selon le corps qui est en moi… Que ce soit comme si je les portais tous en moi, qu’ils soient un seul corps, un seul esprit, un seul homme parfait »[2].

Ce qui est dans le Christ, écrit Cyrille de d’Alexandrie, passe en nous « afin que, par lui, la grâce se répande dans tous, si bien qu’elle est comme donnée à notre nature et assurée à tout le genre humain »[3]

 

[1] Mot grec composé de monos : seul, unique et de génos : naissance, descendance.

[2] Contra Arianos 32, PG XXVI 368.369, cité par Emile Mersh, Le Corps mystique du Christ, I2, p. 393.

[3] Thesaurus 20, PG LXXV 333, ibid., p. 495.