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AVENT 2019 - Le mystère de l’Incarnation

Deuxième dimanche de l’Avent : L’Incarnation rédemptrice

Le mystère de l’Incarnation et le mystère de la Rédemption ne sont que les deux moments, correspondant à l’être et à l’agir, d’un unique mystère, le mystère de l’Incarnation rédemptrice.

 

« Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tm 2, 4). Il le veut, Oh ! Il le veut plus que nous ne pourrions jamais le vouloir. Que nous soyons sauvés, que vous soyez sauvés, que chacun d’entre nous soit sauvé, Il le veut plus que vous ; et que ceux que vous aimez soient sauvés, Il le veut plus que vous. Il le veut plus que nous pourrions jamais le vouloir, plus que l’ardeur consumante de Saint Paul ne pouvait le vouloir. Il le veut, et Il le désire d’un désir intense, proprement infini, car par son essence, « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8).

Alors, Dieu pourrait bien, Il pourrait bien s’Il le voulait, nous forcer à L’aimer en entrant comme par violence en nous. Il pourrait bien, mais ce n’est pas cela qu’Il désire. Il désire que nous lui donnions librement notre amour. Nous avons chacun une chose que nous pouvons donner à Dieu - que nous seuls pouvons donner - c’est notre amour. Nous pouvons le refuser, nous pouvons le donner. Nous pouvons ou Le préférer Lui, ou nous préférer nous. Vous voyez : c’est cela qu’Il veut dans son suprême amour, que nous lui disions un libre « oui ». Et il vient en nous pour nous aider à lui donner ce « oui ». Il n’attend pas simplement, impassible, pour savoir ce que nous allons choisir, mais Il vient en nous par des grâces, que nous pouvons briser intérieurement. Mais si je ne romps pas, alors Il me portera jusqu’au but, jusqu’au « oui » de l’amour. Il nous demande de supplier, dans le Pater, pour que son règne arrive - le règne de son amour-, pour que parmi nous sa volonté soit faite, cette volonté du salut universel que les théologiens nomment antécédente parce qu’elle peut être contrariée par notre refus et brisée dans ses effets.

Et cette volonté infinie du salut de tous va se manifester par l’envoi d’un Médiateur qui, puisqu’il est suffisant à toute la tâche, va être unique. « Unique est Dieu » dit l’Apôtre, et il continu : « unique aussi le Médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus, qui s’est livré lui-même en rançon pour tous » (1 Tm 2, 5-6). Voilà dans la pensée de saint Paul le contenu de la mystérieuse confidence de Jésus à Nicodème : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16).

Ce médiateur, c’est le Fils, qui va venir revêtant la nature humaine, il va venir au milieu de nous. Et Jésus va être au milieu de nous comme un mendiant d’amour, de notre amour pour Dieu. Il va parcourir les petites rues de Jérusalem ou de Nazareth et les campagnes de Galilée ou de Samarie pour mendier l’amour des hommes.

Les grands textes sur l’Incarnation nous la représentent comme une étrange descente du Verbe avide en quelque sorte, par son obéissance, de prendre sur lui nos malheurs : « Dieu, en envoyant son propre Fils avec une chair semblable à celle du péché, a condamné le péché dans la chair » (Rm 8, 3). « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2 Co 5, 21). C’est la peine ou compensation du péché, non la souillure du péché, que prend sur lui Jésus : « Il a été éprouvé comme nous en toute choses, à l’exception du péché » (He 4, 15). Il l’a fait péché non pas quant à la souillure, mais quant au poids de malheur entraîné par le péché.

« Il est l’image du Dieu invisible…, c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles… Dieu s’est plu…par lui, à réconcilier pour lui toute choses, celles qui sont sur la terre et celles qui sont dans les cieux, en faisant la paix par le sang de la croix » (Col 1, 15…20).

Et voici le grand texte aux Philippiens : « Étant de condition divine, il n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. Et ayant été trouvé tel qu’un homme par son aspect, il s’est lui-même humilié, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).

A la fin de sa vie, saint Paul résume en un mot cet enseignement : « Elle est sûre cette parole, et digne d’une absolue créance : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier » (1 Tm 1, 15)

En 381, le Symbole de Constantinople dit « Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu des cieux, il s’est incarné du fait de l’Esprit Saint dans la Vierge Marie, il s’est fait homme, il a aussi été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il a souffert, il a été enseveli ».

Si le Verbe veut prendre une nature humaine, s’il veut entrer dans une obéissance qui le conduit à la Passion, à la crucifixion, à la mort, s’il veut faire sienne notre tragédie, c’est pour notre salut. L’incarnation avait pour fin immédiate la rédemption ; elle n’a été voulue et produite que pour la rédemption du genre humain, « au point que si le péché n’avait pas existé, l’Incarnation n’aurait pas eu lieu » (Saint Thomas III, q. 1, a. 3).

Il s’est fait homme, restant Dieu, il s’est fait homme pour venir au milieu de nous ; il vient au monde, comme je vous le dis, pour mendier notre amour.

 

Dieu crée un monde dans lequel il n’y avait rien d’inadmissible, ni souffrance, ni mort. Et il y a un refus de l’homme de cet ordre de Dieu. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Rm 5, 12).

A l’initiative d’un Dieu d’amour, qui non seulement donne l’être à l’humanité, mais décrète de l’élever à la participation même de la vie divine afin de la préparer à une rencontre suprême où Il se laissera connaître et aimer - non point seulement indirectement, comme reflété dans la création - mais immédiatement, dans la vision de sa propre splendeur, à cette invitation, l’humanité, libre de ses décisions, a répondu par un refus ; elle s’est détournée de Dieu (aversio a Deo), saccageant en elle les dons divins : voilà l’offense, l’outrage, la faute (culpa) du péché. Offense de soi irrémédiable, car comment, ayant détruit en elle la vie divine, pourrait-elle se la rendre ? L’initiative ne pourra venir que d’en haut. Elle sera plus merveilleuse encore qu’il n’était possible de le penser. Le Verbe, prenant une nature humaine dans le sein de la Vierge, pourra dès lors, au nom même de l’humanité toute entière, faire monter de la terre vers le ciel un acte d’amour d’une intensité inconnue, et qui, en raison de la dignité infinie de la Personne dont il émane, dépasse et surcompense l’infinité du péché des hommes de tous les temps.

« Voici l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jn 1, 29). Il ôte le péché, refus de Dieu (aversio a deo), en le surcompensant par un acte d’amour (conversio ad Deum), décidé dans les cieux de toute éternité par l’identique volonté divine du Père, du Fils et de l’Esprit, et voulu sur la terre par l’humaine volonté du Christ inondée des feux de l’Esprit.

Le refus de Dieu, Bien Infini, voilà le désordre premier et infini du péché. Du même coup, il viole l’ordre providentiel de l’univers dans lequel il était bon pour lui de s’insérer. Voilà le désordre secondaire et infini du péché. Il faudra bien que l’ordre de l’univers finisse par prévaloir. « Le péché étant un acte désordonné, il est manifeste que quiconque pèche s’insurge contre un ordre préétabli ; la conséquence est qu’il sera réprimé par cet ordre ; cette répression est ce qu’on nomme la pein e- la punition- du péché » (Saint Thomas I-II, q. 87, a. 1)

La désobéissance du premier Adam est surcompensée par l’obéissance du second Adam. Mais la peine de sa faute, à savoir la mort avec son cortège de misère, continue de sévir tout au long de notre histoire. « Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (1 Co 15, 26).

Ces désordres aussi seront compensés par le second Adam. Mais comment ? Entrant dans le baptême même où saint Jean conviait la foule des pécheurs, il s’est chargé de la dette de leur péché, « afin que toute justice soit accomplie » (Mt 3, 15). Comment a-t-il rééquilibré cette dette ? Ce n’est pas en écartant la souffrance et la mort, c’est en les prenant sur lui ; ce n’est pas en les éliminant, c’est - plus mystérieusement - en les illuminant, en les transfigurant par son amour. Prenant sur lui la souffrance et la mort, Il fait du lieu de notre tragédie le lieu de la rédemption. « Le christ, souffrant dans la charité et l’obéissance, a présenté à Dieu plus que ne l’exigeait la compensation de toute l’offense du genre humain… La passion du Christ a été une satisfaction non seulement suffisante mais surabondante pour les péchés du genre humain, selon 1 Jean 2, 2 : C’est lui, Jésus Christ le juste, qui est la victime expiatoire de nos péchés ; non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier » (Saint Thomas III, q. 48, a. 2)

Jésus n’a pas écarté la souffrance ni la mort. Il les a prises sur lui. Il a caché sous elles une lumière capable de les transfigurer. Quand nous retrouvons cette lumière ; quand unis à lui, nous recevons la souffrance dans la foi et l’amour, elle devient souffrance du Christ, elle est transfigurée, elle prend un nom nouveau, inconnu jusqu’alors, elle devient une croix, la croix qu’il nous est proposé de porter avec notre Sauveur.

 

[1] La première habitation désigne ici l’habitation de Dieu en lui-même. La seconde désigne sa présence dans le monde.

[2] Comme la procession du Fils et la spiration de l’Esprit se font en Dieu, il n’y a pas de question temporelle, ces deux actions se font parfaitement simultanément, il n’y a pas d’antériorité de l’une sur l’autre.

[3] Non seulement Dieu va restaurer le monde grâce à l’incarnation du Fils, mais il va l’élever au-dessus de ce qu’il était avant. Lorsque Dieu donne, il donne en surabondance.