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AVENT 2019 - Le mystère de l’Incarnation

Premier dimanche de l’Avent : Création et Incarnation 

Au moment de la création et de l’incarnation, il se passe quelque chose : comme si Dieu était à l’étroit à l’intérieur de lui-même, comme s’Il avait besoin de s’épancher (notez-bien : « comme si »). Et en sorte, qu’est-ce qu’Il va faire ? Il va s’extravaser, et Il va le faire en deux actes à deux reprises, dans des actes qui sont d’immenses mystères.

 

Une première fois, ce sera en suscitant hors du néant notre univers tout entier, qui lui deviendra comme une première demeure de surcroît. Oh ! bien sûr que Dieu n’est pas limité, son être est infini, illimité, c’est pourquoi j’insiste sur le « comme si ». […] Il va dire lui-même qu’il habitera dans ce monde. Ce n’est pas la même habitation, la seconde est comme un reflet, un reflet infiniment distant de la première[1]. Il habite en lui-même, et puis Il habite dans le monde ; mais rien que cette habitation de Dieu dans le monde c’est la splendeur de l’univers, que Jésus admirait. […]

Oh ! Dieu n’en a pas besoin de cette demeure de surcroît, bien sûr, mais que c’est bon de sa part, précisément, parce qu’Il n’en a pas besoin. Nous dirons que c’est par amour qu’Il a fait cela. Quand on fait quelque chose par pur désintéressement, quelque chose qui ne nous rapportera rien mais qui rapportera quelque chose aux autres, à ce moment-là le mot qu’on a pour qualifier un acte semblable c’est le mot d’amour. Et alors, ce sera le mot d’amour qu’il faudra employer quand on demandera pourquoi Dieu à crée le monde alors qu’Il était la total plénitude - c’est impossible de songer à un manque quelconque en Dieu- , pourquoi a-t-il voulu cette apparition du monde ? […] Initiative donc complètement gratuite.

Voilà donc un premier acte, et il y en un second.

 

L’incarnation comme la création est un acte de libre et pur amour. Le Verbe, la seconde personne de la Trinité… Le Verbe c’est le Fils. Le Verbe, c’est la traduction du mot grec « logos » qui veut dire pensée, qui veut dire parole, pas seulement parole exprimée, mais parole intérieure - avant de dire un mot au-dehors, on doit le concevoir à l’intérieur de soi-même […]. Eh bien ! quelque chose va se passer d’absolument inouï : c’est le Verbe, la seconde personne de la Trinité, qui va s’unir d’une manière immédiate à la nature humaine individuelle. Une nature humaine, vous savez bien ce que c’est qu’un homme, la nature humaine on sait bien ce qu’elle est, mais il y aura une nature humaine individuelle que la seconde Personne va faire sienne d’une manière immédiate. […]

Eh bien ! si c’est vrai que le Verbe s’est fait chair, à ce moment-là on comprendra la parole de l’apôtre qui dira : « Nous avons touché de nos mains le Verbe, le Fils unique de Dieu ». C’est dans la Première Épitre de saint Jean : « Ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie » (1 Jn 1,1). « Ce que nous avons vu et entendu » (1,3).

Il y a un parallèle qui va se dessiner entre le premier chapitre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », et puis le commencement de l’Évangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu ».

Dans la Genèse, « au commencement » signifie : quand apparut notre monde évolutif, qui a été créé, est sorti du néant avec un élan évolutif. Il ne faut pas remplacer la création par l’évolution ; s’il n’y avait pas la création, il n’y aurait rien du tout ; et une évolution de rien du tout c’est rien du tout. Donc dans la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », et dans saint Jean « Au commencement - c’est à dire antérieurement à tous les commencements, antérieurement encore à ce premier commencement de la Genèse- était le Verbe et le Verbe était Dieu » de toute éternité (Jn 1, 1). Manifestement, l’apôtre saint Jean se réfère là au chapitre de la Genèse : alors que rien n’était, voilà le monde qui apparaît.

 « Au commencement – donc, antérieurement à tous les commencements- était le Verbe et le Verbe était en Dieu – le Verbe était vis-à-vis de Dieu, près de Dieu, vers Dieu, tourné vers Dieu- et le Verbe était Dieu ». Ah quelle est grande cette affirmation : « Et le Verbe était Dieu », possédant toute la Divinité. Comme le Père la possède, Il la donne au Fils ; et le Père et le Fils la possèdent toute entière et la donnent toute entière à l’Esprit Saint. Ce sont les processions des personnes divines à l’intérieur de la Divinité[2]. Ces processions ou venues à l’intérieur de Dieu sont à l’origine de ces venues de Dieu dans le monde qu’Il doit créer et dans un monde qu’Il doit racheter. Ce sont aussi des processions, mais on les appellera « au dehors », pas à l’intérieur de la Trinité, mais comme au dehors de Dieu.

Alors, c’est cela qu’il faut aussi garder : Dieu, dès le début, Il crée l’univers avec une destination qui sera celle de l’appeler un jour dans le sein de son intimité. Et puis, l’univers est abîmé par l’homme, il est abîmé, alors il y a aura cette seconde reprise. Dieu va prendre occasion de ce monde abîmé pour faire un monde qui sera racheté, plus beau que le premier univers. De toute éternité, il aidera l’homme à ne pas l’abîmer, Il lui donnera des poussées intérieures pour qu’il ne l’abîme pas. Mais si l’homme veut l’abîmer, Dieu laissera ce monde s’abîmer sous le péché de l’homme, mais le dernier mot sera à Dieu, le mot d’amour : il prépare la visite de l’Incarnation, ce monde de l’Incarnation étant plus beau que le monde la création[3].

 

[1] La première habitation désigne ici l’habitation de Dieu en lui-même. La seconde désigne sa présence dans le monde.

[2] Comme la procession du Fils et la spiration de l’Esprit se font en Dieu, il n’y a pas de question temporelle, ces deux actions se font parfaitement simultanément, il n’y a pas d’antériorité de l’une sur l’autre.

[3] Non seulement Dieu va restaurer le monde grâce à l’incarnation du Fils, mais il va l’élever au-dessus de ce qu’il était avant. Lorsque Dieu donne, il donne en surabondance.